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La sécurité pour l'environnement

Evaluation du risque pour l'environnement en pratique

L’évaluation du risque pour l’environnement, lié à l’utilisation d’un médicament vétérinaire dit « chimique » (par opposition aux médicaments vétérinaires dits « immunologiques » qui relèvent d’une autre législation et dont le cas ne sera pas traité dans le cadre de cet article), se fait en deux phases.

La première phase, dite « Phase I », est une phase d’évaluation de la potentielle exposition de l’environnement au médicament vétérinaire.

La seconde phase, dite « Phase II », a pour but de caractériser quels sont les effets du médicament vétérinaire sur les espèces animales vivant dans l’environnement, dans les milieux aussi bien terrestres qu’aquatiques. Cette phase II est elle-même subdivisée en deux étapes, « Tier A » et « Tier B ». Si les études à réaliser dans le cadre du « Tier A » ne permettent pas d’avoir une vision claire de l’impact du médicament sur l’environnement, l’industriel doit alors faire faire les études prévues dans le « Tier B », plus complexes et plus coûteuses.

Phase I : évaluation de la potentielle exposition de l'environnement au médicament vétérinaire

L’évaluation de l’exposition de l’environnement au médicament vétérinaire est réalisée en suivant un arbre décisionnel: en fonction des réponses données à différentes questions, il est établi si oui ou non un médicament vétérinaire doit être soumis à des études plus approfondies qui permettront de caractériser son écotoxicité.

Certains médicaments vétérinaires sont d’emblée jugés sans impact pour l’environnement, par exemple les électrolytes, les peptides, les protéines ou les vitamines. La plupart des médicaments destinés aux animaux de compagnie sont également exclus, leur volume de vente étant suffisamment faible pour qu’ils ne puissent avoir d’impact sur l’environnement. Il est néanmoins prévu que des informations supplémentaires en matière d’écotoxicité puissent être exigées par les autorités, même pour des médicaments destinés aux animaux de compagnie, si l’activité ou l’usage de ces médicaments est susceptible d’entraîner un risque pour l’environnement (par exemple, les antiparasitaires externes).

À l’inverse, l’arbre décisionnel conduit à une phase II d’emblée pour les ecto- et les endoparasiticides destinés aux animaux de rente, du fait de leur toxicité potentielle pour les invertébrés présents dans les pâtures.
Les dernières questions de l’arbre décisionnel conduisent au calcul de la concentration prévisible dans le sol du médicament concerné, la « PECsol » (Predicted Environmental Concentration dans le sol, exprimée en μg/kg). Si cette valeur, calculée en utilisant des formules et des valeurs standardisées dans les lignes directrices VICH GL6 et EMEA/CVMP/ERA/418282/2005-corr, est inférieure à 100 μg/kg, l’évaluation du médicament vétérinaire s’arrête en phase I. Dans le cas contraire, le médicament doit être étudié selon les procédures établies en phase II.

Phase II : déterminer le devenir du médicament dans l'environnement et sa toxicité

L’objectif de la phase II est de déterminer précisément quel est le devenir du médicament dans l’environnement, ainsi que sa toxicité pour les différents compartiments de l’environnement et les espèces animales et végétales qui les composent.

La phase II est subdivisée en trois grandes sections, selon que le médicament vétérinaire est destiné à l’aquaculture, à des animaux élevés de façon intensive ou à des animaux élevés en pâture. Il faut noter qu’un médicament vétérinaire destiné à des bovins sera étudié à la fois pour son impact dans les lisiers et fumiers, lors de son utilisation en élevage intensif, et pour son impact direct sur les pâtures, lors de son utilisation en élevage extensif.

Les études de phase II ne sont pas uniquement conduites sur le ou les principes actifs du médicament vétérinaire : elles doivent également être réalisées sur les métabolites s’ils représentent 10 % ou plus de la dose administrée.

Les études à réaliser pour caractériser la toxicité du médicament sur la faune et la flore sont nombreuses. Une première série d’études constituent la « Tier A ». Ces études permettent de définir les critères d’évaluation de toxicité : la concentration létale pour 50 % de la population étudiée (LC50), la concentration ayant un effet sur 50 % de la population étudiée (EC50) ou encore la concentration du médicament n’ayant plus aucun effet indésirable sur l’espèce animale ou végétale étudiée (la NOEC ou « no observed effect concentration »). Comme ces critères sont déterminés uniquement pour des espèces dites « marqueurs », représentatives de l’ensemble des autres espèces animales ou végétales, des facteurs de sécurité allant de 10 à 1 000 sont ajoutés, pour assurer davantage de sécurité et pallier les variations de sensibilité intra et interespèces.
Cela permet d’obtenir les PNEC ou « predicted non effect concentrations ».

Les valeurs de PNEC établies pour une molécule, définissent la concentration que cette molécule peut atteindre dans l’environnement sans avoir aucun impact pour les écosystèmes, quels que soient les volumes ou les durées de traitements initiaux.

D’autres études, ainsi que des modèles, permettent d’établir des prédictions de concentrations (des PEC) dans les différents compartiments de l’environnement susceptibles d’être affectés par le médicament: le sol, les eaux de surface et les eaux souterraines.

Les différentes valeurs de PEC obtenues sont ensuite comparées aux valeurs de PNEC par une approche dite « de rapport de risque » : si le rapport est inférieur à 1, la phase II s’arrête.
Si le rapport PEC/PNEC est supérieur ou égal à 1 pour une seule des espèces animales ou végétales étudiées, des études complémentaires doivent être réalisées dans le cadre de la « Tier B ».

Pour chaque médicament vétérinaire étudié, la phase II est réalisée ainsi par étapes successives pour aboutir à une connaissance précise du devenir et de l’impact du médicament sur l’environnement.
Toutes les informations obtenues au cours de la phase I et de la phase II sont présentées dans le dossier d’AMM aux autorités qui délivrent les autorisations de mise sur le marché des médicaments vétérinaires.

Ainsi les autorités disposent d’informations précises sur l’impact potentiel du médicament sur l’environnement, et toutes les mesures nécessaires à la protection des écosystèmes peuvent être prises avant la mise sur le marché du médicament.