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Les antibiotiques

QUESTIONS / REPONSES : Le bon usage des antibiotiques en santé animale

Les antibiotiques sont des médicaments qui doivent être perçus comme un véritable bien public faisant partie du patrimoine de santé. Pour cette raison, leur utilisation doit se faire de manière prudente et raisonnée.

1.Qu’est-ce qu’un antibiotique ?

Les antibiotiques sont des médicaments capables d’entraîner la destruction (effet bactéricide) ou l’arrêt de la multiplication (effet bactériostatique) des micro-organismes.

A partir d’une certaine concentration ou au bout d’un certain temps, les antibiotiques permettent d’assurer efficacement et en toute sécurité, le contrôle de nombreuses bactéries pathogènes à l’origine des maladies dites infectieuses humaines et animales. Ils n’ont en revanche aucune action contre les virus.

2.Pourquoi utilise-t-on des antibiotiques en élevage ?

Comme tout être vivant, les animaux sont sujets à des maladies qu’il est nécessaire de prévenir ou de traiter. Dès lors qu’un animal est sujet à une infection bactérienne, il doit recevoir un antibiotique car seuls des animaux sains peuvent fournir des denrées alimentaires sans risque pour la santé du consommateur. Par ailleurs, l’éthique impose de prendre en charge un animal malade, pour son bien-être. L’administration d’antibiotiques se fait sous contrôle vétérinaire et sur prescription.

3.Pourquoi utilise-t-on des antibiotiques en élevage sur des animaux qui ne sont pas malades ?

La plupart des animaux de production ou de rente sont élevés en groupe (volailles, porcs, veaux, bovins …). Quand une maladie apparaît ou lorsqu’il y a un fort risque qu’une maladie se déclare (bactérie présente dans l’élevage), tous les animaux ne sont pas touchés en même temps. Mais compte tenu de la proximité des animaux, le risque de contagion est grand. Le vétérinaire peut être amené à traiter l’ensemble du groupe sans attendre que tous les animaux manifestent des symptômes.

4.Les animaux élevés selon les principes de l’agriculture biologique peuvent-ils recevoir des antibiotiques ?

Bien que l’agriculture biologique favorise l’utilisation de traitements alternatifs, si un animal est malade, des antibiotiques peuvent être utilisés pour le soigner. Cela se fait conformément aux cahiers des charges de l’agriculture biologique qui réglementent et encadrent l’utilisation des antibiotiques. La réglementation européenne autorise jusqu’à trois traitements curatifs par an.

5.Des animaux sont-ils traités toute leur vie aux antibiotiques ?

Non, l’autorisation de mise sur le marché des médicaments antibiotiques précise la quantité et la durée d’administration de l’antibiotique. Aucune AMM n’est délivrée pour une administration pendant toute la durée de vie des animaux.

Les antibiotiques utilisés comme facteurs de croissance qui, eux, étaient donnés sur de longues périodes ont tous été interdits dans l’Union Européenne depuis janvier 2006.

6.Y’a-t-il un risque lié à la présence de résidus d’antibiotiques dans les denrées d’origine animale ?

Non, il n’y a pas de risque lié à la présence éventuelle de résidus, quand les médicaments autorisés sont utilisés selon l’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM). Lors de l’examen du dossier d’AMM, les autorités scientifiques européennes fixent les Limites Maximales de Résidus (LMR) qu’il convient de ne pas dépasser dans les denrées alimentaires.

Ces LMR sont fixées au niveau européen pour chaque substance active du médicament dans chaque espèce cible qui reçoit ce médicament et pour toutes les productions (viande, lait, oeuf etc.). Ces LMR permettent de fixer le temps d‘attente (délai entre la dernière administration du médicament et l’abattage ou la production de denrées). La bonne utilisation du médicament en élevage et le respect du temps d’attente permettent de garantir des niveaux de résidus inférieurs aux LMR et donc sans danger pour le consommateur. Les contrôles effectués sur les denrées animales par les services vétérinaires garantissent l’absence de risques pour le consommateur. De plus, tout dépassement de LMR fait l’objet d’une déclaration auprès des autorités dans le cadre de la pharmacovigilance.

7.Est-il possible que du lait contenant des antibiotiques soit consommé ?

Non, des contrôles de résidus dans le lait sont effectués régulièrement. Au niveau de l’élevage, il s’agit de contrôles aléatoires deux à cinq fois par mois. Au niveau de l’industrie laitière, le contrôle est systématique à l’arrivée de toute collecte de lait.

Si des résidus d’antibiotiques sont détectés, alors le lait est écarté et détruit et l’éleveur est pénalisé.

8.Peut-on se passer complètement d’antibiotique ?

Les animaux en parfaite santé ne reçoivent pas d’antibiotique et des conditions d’élevage parfaitement maitrisées facilitent ce contexte. Cependant, le regroupement d’animaux augmente le risque de « contact » avec des bactéries à caractère potentiellement pathogène. Des alternatives aux antibiotiques sont possibles (par exemple, la vaccination), mais ne sont pas envisageables pour toutes les maladies.

9.Qu’est-ce que l’antibiorésistance ?

L’apparition de l’antibiorésistance est un phénomène naturel de défense des bactéries vis-à-vis de l’action exercée par l’antibiotique qui est là pour détruire ou arrêter la multiplication de la bactérie. Certaines bactéries auparavant sensibles à l’antibiotique ne sont plus détruites ou leur multiplication n’est plus arrêtée.

C’est la bactérie qui devient résistante et non pas l’homme ou l’animal.

10.Les antibiotiques entraînent-ils des résistances chez les bactéries portées par les animaux ?

La sélection de résistances est un phénomène naturel de défense des bactéries vis-à-vis de l’action de l’antibiotique. Elle existe sur toutes les bactéries sans distinction de leur origine qui peut être animale ou humaine.

11.Les antibiotiques utilisés chez les animaux entraînent-t-ils des résistances chez les bactéries portées par l’homme ?

La résistance aux antibiotiques peut se transmettre de l’animal à l’homme et de l’homme à l’animal car le monde bactérien ne fait qu’un. Cependant les mesures d’hygiène et de bon usage des antibiotiques limitent généralement la transmission. Ce risque de transmission est une préoccupation du Comité National de coordination pour un usage raisonné des antibiotiques en médecine vétérinaire (voir question « Qu’est-ce que le Comité National de coordination pour un usage raisonné des antibiotiques en médecine vétérinaire ? »).

12.Comment limiter l’apparition de résistances ?

Afin de limiter l’apparition de résistances, plusieurs précautions sont prises :
- dans le dossier d’autorisation de mise sur le marché (AMM) du médicament vétérinaire, ce phénomène est étudié et les conditions d’utilisation en tiennent compte. Bien utilisé selon les indications mentionnées dans l’AMM, le risque est limité et sous contrôle.
- les antibiotiques sont délivrés sur prescription du vétérinaire traitant qui juge du médicament à utiliser en suivant des règles de bonnes pratiques d’utilisation.
- les pratiques vétérinaires recommandent d’intervenir précocement afin d’éviter l’extension de la maladie.

13.Comment l’antibiorésistance est-elle surveillée ?

La surveillance de la résistance aux antibiotiques est assurée par les autorités sanitaires françaises (ANSES) et européennes (EFSA).

Des laboratoires de l'ANSES dans les diverses espèces de production et le réseau de laboratoires d'analyses vétérinaires surveillent l'apparition et l'évolution des résistances aux antibiotiques et travaillent en lien avec les observatoires existant en médecine humaine comme l’ONERBA. Il existe également des réseaux européens pour surveiller les bactéries pathogènes et sentinelles (CEESA, EASSA et VetPath).

14.La suppression de l’utilisation de certaines familles d’antibiotiques en santé animale a-t-elle permis de réduire les résistances en santé humaine ?

La question est complexe. Il a effectivement été observé une baisse de la résistance au chloramphénicol, chez l’homme, avec le retrait des AMM vétérinaires pour les animaux de rente en Europe. Toutefois, il est difficile d’avoir des logiques intellectuelles globales a priori et par conséquent de généraliser cette observation, compte-tenu du fait que les bactéries circulent avec leur résistance acquise d’une région à l’autre et qu’il y a des phénomènes de sélections croisées.

La suppression de certaines familles ou catégories (additifs) d’antibiotiques n’apparait pas la solution à moyen ou long terme pour la réduction des résistances, dans la mesure où ces dernières peuvent alors apparaitre sur d’autres molécules ou familles suite à des phénomènes de substitution.

Le moyen le plus efficace d’agir sur la résistance aux antibiotiques reste de limiter l’exposition, d’assurer le respect des bonnes pratiques de l’antibiothérapie et les progrès dans la conduite et l’hygiène des élevages.

15.Peut-on réduire la consommation des antibiotiques ?

C’est l’état de santé des animaux qui détermine la prescription des antibiotiques. Cette dernière varie ainsi d’une année sur l’autre en fonction de différents facteurs (climat, épidémie, circulation de germes). Les industries du médicament vétérinaire investissent dans la recherche en infectiologie, c’est à dire le développement de l’immunité et les vaccins qui préviennent l’apparition de maladies, permettant ainsi de limiter le recours aux antibiotiques. Par ailleurs, afficher un objectif de baisse ne peut être fait qu’après analyse des pratiques et des besoins mais peut participer à la sensibilisation de tous les acteurs de la chaîne du médicament.

16.Connait-on la consommation d’antibiotiques en France et en Europe ?

L’Agence Nationale du Médicament Vétérinaire publie depuis 1999 un rapport annuel des ventes d’antibiotiques vétérinaires en France consultable sur son site ici.

L’Europe est en train de mettre en place une surveillance européenne des ventes (ESVAC) dont le premier rapport rétrospectif est publié ici.

17. Qu'est ce que le plan Ecoantibio ?

C’est le plan national de réduction des risques d’antibiorésistance en médecine vétérinaire, lancé le 18 novembre 2011 par le ministère en charge de l’agriculture.

Il vise un double objectif :


- Qualitativement, diminuer la contribution des antibiotiques utilisés en médecine vétérinaire à la résistance bactérienne et préserver durablement l’arsenal thérapeutique pour la médecine vétérinaire, et ce d’autant plus que la perspective de développement de nouveaux antibiotiques, est réduite.

-
Quantitativement, le plan vise une réduction en 5 ans de 25% de l’usage des antibiotiques vétérinaires, en développant les alternatives qui permettent de préserver la santé animale sans avoir à recourir aux antibiotiques.


Une page lui est dédié sur le site du Ministère de l’Agriculture : plan Ecoantibio 2017

18.Y a-t-il un conflit d’intérêt dans le fait que le vétérinaire prescrive et délivre le médicament ?

Les médicaments que l’Industrie met sur le marché sont des produits de haute technicité. Ils doivent être prescrits et délivrés par des acteurs ayant reçu une formation initiale et continue performante dans un cadre juridique précis et respecté. Le vétérinaire répond à ces exigences pour la prescription et la délivrance (formation initiale et continue, appartenance à l’Ordre des Vétérinaires, suivi du Code de la Santé Publique). Il possède une éthique et est encadré par l’Ordre des Vétérinaires qui peut sanctionner si la prescription est non conforme. Le pharmacien répond également à ces exigences pour la délivrance du médicament vétérinaire.

Conclusion

Il est fondamental de préserver l’arsenal thérapeutique que constituent les antibiotiques. La prise de conscience des différents acteurs est effective et tous travaillent ensemble actuellement afin de limiter l’apparition d’antibiorésistances.

Le moyen le plus efficace d’agir sur la résistance aux antibiotiques reste de limiter l’exposition, d’assurer le respect des bonnes pratiques de l’antibiothérapie et les progrès dans la conduite et l’hygiène des élevages.